Je me souviens du doux après-midi où, main dans la main avec moi-même, je me suis installée dans l’un des cafés historique de Turin. Une tasse noire d’espresso devant moi, j’ai senti le parfum grillé se mêler au silence urbain, mes pensées se dissoudre dans un nuage de crema dorée. Chaque gorgée m’a ramenée ici, dans cette ville piémontaise où le temps s’écoule avec élégance et lenteur italienne.
1. Caffè Mulassano – Piazza Castello : l’élégance du siècle passé
Ce lieu emblématique, ouvert depuis 1907, reste une institution vivante de Turin. Lorsque j’ai franchi les lourdes portes vitrées du Caffè Mulassano, niché dans un angle prestigieux de la Piazza Castello, j’ai eu l’impression de quitter le XXIᵉ siècle. L’air semblait plus lent, plus dense, presque feutré. Le décor Belle Époque vous absorbe instantanément : boiseries sombres, plafonds moulurés, miroirs vieillis aux reflets dorés, et ce rouge velours des banquettes qui donne une touche théâtrale et chaleureuse.
Je me suis installée à une petite table ronde en marbre, légèrement bancale, que le serveur a calée d’un geste discret. Je n’avais même pas encore commandé que l’odeur m’avait déjà happée : celle d’un café fraîchement moulu, mêlée à celle du bois ancien et du cuir patiné. J’ai commandé un espresso, bien entendu. Quelques minutes plus tard, la tasse est arrivée : petite, épaisse, posée sur une soucoupe délicatement fleurie. Elle semblait porter l’histoire de milliers de cafés avant le mien.
L’espresso ici était dense, presque onctueux, d’un brun foncé au cœur et recouvert d’une crema lisse, ambrée. En bouche, il était profond, avec une noble amertume, accompagnée d’une pointe florale que je n’attendais pas. Aucune acidité mal placée, juste une puissance maîtrisée, une chaleur qui restait au palais. Je n’ai pas ajouté de sucre. Ce café méritait de s’exprimer librement.
Autour de moi, le murmure des conversations – en italien, en piémontais, parfois même en français – accompagnait le cliquetis discret des cuillères. Un couple d’élégants octogénaires buvait son bicerin en silence. Une dame seule, maquillée avec soin, lisait La Stampa. Le serveur, en veste noire impeccable, connaissait les habitués par cœur, déposait leurs commandes sans un mot. Tout était mesure, élégance, respect du rituel.
C’est là, à cette table, que j’ai réellement ressenti l’âme de Turin : discrète, noble, ancrée dans la mémoire du lieu. Je suis ressortie du Mulassano avec une sensation étrange : celle d’avoir été accueillie dans un monde à part, et d’y avoir laissé un peu de moi-même.
2. Baratti & Milano – Via Po : tradition et douceurs mêlées
Si Mulassano évoque la tradition et la solennité, Baratti & Milano célèbre la gourmandise aristocratique. Situé au début de la Via Po, ce café-chocolaterie historique est un lieu incontournable pour quiconque aime marier le café à quelque chose de doux et sophistiqué.
En poussant la porte, c’est d’abord le décor qui m’a saisie : les boiseries claires, les comptoirs anciens chargés de pralines, les étagères ornées de boîtes anciennes, dorées, élégantes. On se sent dans une pâtisserie de conte, mais sans excès, avec une certaine retenue toute turinoise.
J’ai commandé un espresso classique, mais j’ai eu droit à bien plus qu’un simple café. Le serveur, souriant et un brin complice, m’a apporté un petit carré de gianduia maison – ce chocolat piémontais à la noisette – en me lançant doucement : « Il caffè sans gianduia ici, c’est comme Turin sans brouillard… »
J’ai ri, puis goûté le chocolat. Il a fondu lentement sur ma langue, avant que je ne prenne la première gorgée d’espresso. Et là, une alchimie parfaite : la chaleur intense du café, presque torréfiée, s’est adoucie sous l’effet du gianduia, révélant des notes plus rondes, presque biscuitées. Je n’étais plus dans un café, j’étais dans un laboratoire du goût.
À côté de moi, des familles prenaient un chocolat chaud, des étudiants pianotaient sur leurs téléphones, et un petit garçon, le nez contre la vitrine, rêvait tout haut devant les truffes enrobées de cacao. Tout semblait suspendu dans une ambiance paisible, légèrement sucrée, comme si le monde extérieur s’était arrêté au seuil du café.
Ce moment restera pour moi l’un des plus tendres de mon séjour. Baratti & Milano n’est pas seulement un café, c’est un théâtre de douceurs, un lieu où les sens sont sollicités, réconfortés, célébrés. Et où chaque espresso devient une invitation à rester un peu plus longtemps.

3. Caffè San Carlo – Piazza San Carlo : modernité sous les arcades royales
Vêtu de marbre et bordé de statues, ce café me paraît comme un pont entre passé aristocratique et présent vivant. Il s’ouvre sous les arcades majestueuses de la Piazza San Carlo, l’une des plus élégantes places de Turin. Dès l’entrée, on est saisi par la lumière dorée qui glisse sur les sols polis, les colonnes blanches, les moulures sobres mais raffinées. Ce lieu respire la dignité discrète.
J’y ai commandé un espresso, bien sûr. Il est arrivé dans une tasse en porcelaine blanche, très fine, accompagnée d’un verre d’eau pétillante, comme le veut la tradition piémontaise. La mousse – la crema – était régulière, légèrement caramel, brillante. En bouche, l’amertume était profonde mais douce, sans brutalité. Une subtile note citronnée, presque florale, venait relever l’ensemble. Je l’ai pris sans sucre, par respect pour ce café si bien calibré, comme une montre suisse version italienne.
Autour de moi, les conversations flottaient doucement. Des étudiants planchaient sur leurs tablettes, des retraités commentaient le dernier article de La Repubblica. Un saxophoniste anonyme jouait doucement sous les arcades, des notes chaudes qui semblaient flotter dans l’air de fin d’après-midi. J’ai pris le temps de poser mon stylo, regarder le ciel à travers les colonnes, et sentir la respiration de la ville, douce, posée, rassurante. C’était un instant suspendu, hors du temps, une gorgée d’Italie pure.
4. Al Bicerin – Via delle Orfane : solennité et légende
Ce sanctuaire turinois de chocolat-café est surtout connu pour sa boisson signature. Mais ce jour-là, j’ai seulement voulu une espresso pur, pour découvrir sa vraie personnalité. Le décor est feutré, richement sculpté, presque baroque. Le sucre dans ma tasse était absent, mais l’arôme évoquait pourtant une douceur profonde.
Chaque gorgée me plongeait dans l’intemporalité, comme si je buvais l’histoire même du café turinois. Les murs me chuchotaient des récits, les tasses anciennes chantaient l’écume du temps. Je me suis sentie membre d’une confrérie silencieuse, celle des amoureux de Turin et de ses cafés sacrés.
5. Caffè Vergnano 1882 – Via Lagrange : créativité et simplicité
Lumière tamisée, décor contemporain inspiré du Piémont. J’ai pris un espresso crémeux, avec un petit biscuit offert. Le goût était équilibré, légèrement fruité, sans excès. Je l’ai accompagné d’un carnet de croquis. La barista, concentrée, versait le lait pour un cappuccino voisin, dessinant une feuille parfaite.
L’ambiance était celle d’un atelier : femmes et hommes s’installaient avec leurs projets, leurs cahiers, leur silencieuse énergie. J’ai senti Turin évoluer : de la tradition vers un renouveau paisible, créatif, personnel. La tasse m’a offert une respiration, un espace où être moi-même.
6. Café Platti – Via Carlo Alberto : la convivialité locale
Un café sans prétention, fréquenté par des habitants du quartier. Une espresso noir comme la nuit, servi dans une petite tasse sans faste, mais avec un sourire réel. J’ai observé le rituel local : les clients saluent le barista par leur prénom, les étudiants parlent fort, les enfants rentrent de l’école. J’ai senti le café comme un point de ralliement communautaire, humble et humain.
Le goût était franc, sans fioritures, mais vibrant. Chaque gorgée m’a permis de ressentir la ville sous un angle authentique, populaire, chaleureux.
Mes impressions générales
Chaque espresso, chaque café, était un chapitre différent de la ville. Turinoise dans l’âme, elle m’accueillait à travers sa modernité graphique, ses traditions délicates, son goût pour la convivialité simple. J’étais à la fois étrangère et en phase avec elle. À chaque tasse, je me sentais grandie, apaisée, inspirée.
Parfois j’ai fermé les yeux, parfois j’ai pris des notes sur mon carnet, d’autres fois j’ai simplement partagé le silence d’un après-midi. Turin se nourrissait de mes sens. L’espresso devenait une langue, les cafés étaient autant de temples, et moi, je leur laissais mon cœur.

Recommandations pratiques pour préparer votre voyage en Italie et en Europe
Pendant ces voyages caféinés, j’ai toujours gardé à portée de main quelques plateformes utiles pour organiser chaque étape sans stress :
- Pour les vols :
- Skyscanner.fr – comparateur efficace pour trouver les meilleurs tarifs
- Google Flights – pour surveiller les variations de prix
- Momondo.fr – parfois des options inédites
- Pour les hébergements :
- Booking.com – pratique et fiable
- Airbnb.it – logements authentiques, appartements locaux
- Hotels.com – programme fidélité avec nuit gratuite
- Pour réserver des visites et billets d’entrée :
- GetYourGuide.fr – excursions guidées, billets coupe-file
- Civitatis.com – très utile pour les musées turinois
- Ti.to – pour les événements temporaires
- Pour les restaurants et expériences culinaires :
- TheFork.it – réductions fréquentes, avis locaux
- TripAdvisor.fr – très complet pour découvrir les adresses italiennes
- Chope – j’ai l’utilisé à Milan et Turin parfois
Mon après-midi d’espresso à Turin, écrit aujourd’hui, est un récit de présence. De chaque café jaillit une émotion, une mémoire, une atmosphère. Les tasses noires kenyennesoient mes sens, mes pensées, mes pensées, mes souvenirs longtemps avant de m’installer dans la ville.
Turin est une ville lente, douce, raffinée. Et l’espresso y est bien plus qu’une boisson : c’est un acte poétique, une pause sacrée, un pont entre le passé et l’instant.
Je vous invite donc, lors de votre prochain passage à Turin, à user vos souliers sous ses arcades, à vous arrêter à une terrasse, à commander un espresso – et à vous laisser emporter. Car dans cette tasse, réside l’âme de la ville.